La cuisine thaïlandaise, merveilleux Melting Wok

Sanuk, l'art de vivre à la thaïlandaise
Thaïs, Chinois, Malais ou Indiens, bouddhistes ou musulmans, jeunes ou vieux, pauvres ou riches, tous ceux qui vivent en Thaïlande sont des adeptes du sanuk. Une véritable philosophie : sanuk, c'est la joie de vivre, l'agréable, le distrayant, une notion intraduisible en français, car difficile à cerner par notre esprit cartésien. Les activités se répartissent en sanuk et  mai sanuk -celles que les Thaïs  tenteront d'éviter à tout prix ! Manger est l’une des activités les plus sanuk qui soit. Tout ce qui a trait à la nourriture est, par essence, sanuk. On comprendra alors aisément que marchands ambulants, restaurateurs et cuisiniers et, bien sûr, consommateurs, affichent volontiers un large sourire... !! 

Melting Wok
La Thaïlande peut s'enorgueillir d'une gastronomie unique. Elle n'a subi d'autres influences que celles de ses proches voisins, qui l'enrichirent de saveurs nouvelles. En langue siamoise, thaï signifie “homme libre". A l'image de son peuple, la cuisine est libre, inventive, sans logique apparente. C'est ce qui lait son charme et son authenticité, et séduit à coup sûr celui qui s'y essaye. Découvrir la cuisine thaïe, c'est d'abord rencontrer ceux qui ont, au fil des siècles, contribué à cette magique alchimie.

Un zeste de Chinois
L’importance de la communauté chinoise est particulièrement sensible dans la capitale, où ils détiennent les clés de l'économie et du commerce. Venus du sud-ouest de la Chine, les Chinois gagnèrent le nord de la Thaïlande, et dès le siècle dernier, l'ancien royaume du Siam en comptait déjà un million et demi... pour deux millions de Thaï. Encouragés par la dynastie Chakri, ces habiles commerçants dynamisèrent le négoce et l'export. Ils contrôlent toujours aujourd'hui les trois-quarts du commerce du royaume, notamment celui du riz, du manioc, de la canne à sucre, du bois et du caoutchouc. S’ils ne firent guère d'émules pour l'usage des baguettes (seuls les restaurants chinois en proposent, les Thaï préférant la cuillère et la fourchette), ils répandirent l’art de la cuisson à la vapeur, et nombre de leurs habitudes culinaires : nouilles de blé ou de riz, volailles, sauce de soja. Bien intégrés à la population, la plupart ayant adopté la nationalité thaïlandaise, ils restent regroupés, à Bangkok, dans le quartier de Yaowarat (le Chinatown de Bangkok) : labyrinthe de soi (ruelles) exiguës, jalonnées d'échoppes et de vendeurs ambulants de nouilles-sauce.

Une pointe d'Indien
Nettement moins nombreux et moins intégrés que la communauté chinoise, les Indiens ont élu  domicile non loin de Chinatown, dans un quartier surnommé « Little India ». Représentés depuis bien longtemps en Thaïlande, ils arrivèrent surtout massivement au siècle dernier du Punjab ou du Gujarat, et furent ironiquement surnommés par les Thaïs khek, c'est à dire « invités ». L'invitation se prolongea tant et si bien qu’ils prospérèrent grâce au commerce de la soie et des étoffes. Nombre d’habiles tailleurs de Bangkok portent turban. Coriaces en affaires, ils symbolisent une certaine réussite parfois jalousée par les Thaïs, moins carriéristes. Ils apportèrent avec eux le Brahmanisme et leurs épices (cumin, anis étoilé, coriandre, curry), bien vite récupérés et adaptés à la gastronomie locale. Les curry thaïs ne se présentent pas en poudre comme en Inde, mais en une pâte onctueuse, rouge, jaune ou verte, dont chaque famille a le secret.

Un soupçon de Malais
Dans le sud de la Thaïlande, les mosquées remplacent les temples, et les champs de riz cèdent la place aux plantations d'hévéas, d’ananas et de noix de coco. Ils sont plus d'un million de Malais, concentrés dans les quatre provinces du Sud (Yala, Satun, Pattani et Narathiwat). Refusant la la culture thaïe, ils défendent leur identité culturelle et religieuse. La gastronomie thaïlandaise leur doit la cuisine au satay (sauce aux cacahuètes), les brochettes de viande et de poulet, et les poissons grillés servis avec une sauce aux cacahuètes.

Nouvel An chinois (2013 année du serpent)
La légende raconte qu'un certain nouvel an chinois, Bouddha appela à lui les animaux de la création en leur promettant une récompense à condition qu'ils daignent se déranger. Douze animaux seulement se rendirent à cet étrange rendez-vous, et dans l'ordre suivant : le rat, le buffle, le tigre, le lapin, le dragon, le serpent, le cheval, la chèvre, le singe, le coq, le chien et le cochon. A chacun d'eux Bouddha offrit une année qui porterait son nom, et dans l'ordre de leur arrivée. Fin janvier ou début février, pour le Nouvel An chinois (placé en 2013, sous le signe du serpent) Bangkok tout entière tourne au ralenti. Les marchés se vident et les boutiques ferment faute de commerçants ; seule Chinatown fait montre d'une effervescence inhabituelle. Sur les trottoirs, les calligraphes effilent leurs pinceaux pour écrire en lettres d'or, sur des banderoles rouges, les vœux de bonheur que leur achèteront les passants. Les ménagères font provision de force bâtonnets d'encens, de cierges vermillon, et de ces friandises gluantes moulées dans des coupelles en feuille de bananier, que l'on déguste pour l'occasion. Dans cette soi (ruelle), voilà qu'on tue les poulets. Un tâte, on compare,  pour choisir le plus dodu, qui comblera l'appétit des convives le soir du réveillon. Triste sort pour le volatile élu par cette vieille chinoise experte : plumé vivant, il est jeté dans une bassine d'huile bouillante. Juste assez de temps pour le dorer, mais pas assez pour lui faire rendre L’âme... Impassible, la vieille femme reprend son poulet encore chaud et gorgé de son sang. Elle sait qu’'ainsi abattu, il gagnera en saveur. Se détournant avec écœurement de la scène, on préférera regagner les artères principales où fleurissent les vendeurs de nian go, gâteaux de Nouvel An glaces, rose bonbon ou blanc tendant, qui se vendent à la pièce comme des petits pains. Après trois jours de cortèges de rue où l'on promène on grande pompe l'effigie d'un dragon, on allume des pétards set feux d'artifice et autres réjouissances, le Nouvel An chinois s'achève. Bangkok retrouve son rythme de croisière, les Chinois, leurs boutiques, et les poulets épargnés, leur basse-cour !! 

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