De Suratthani à Songkla

Le sud de la Thaïlande est réputé pour ses îles idylliques baignées de soleil et ses plages de sable fin, les pieds dans une eau d’émeraude. Le paradis du farniente et de la plongée sous-marine. On ne compte en effet plus les sites hautement touristiques tels que Phuket, Krabi, Koh Samui, Khao Lak, Koh Phi Phi, Koh Phan Gan, etc.PICT0175.JPG

Mais, outre les provinces les plus méridionales à dominante musulmane bordant la frontière malaise (Provinces de Pattani, de Yala et de Narathiwat), le sud-est de la Thaïlande s’est aussi de longues côtes désertes, de petits ports de pêche, de petites villes provinciales nonchalantes, de grandes villes industrielles et des beautés naturelles peu connues et à découvrir.

L’itinéraire proposé ci-dessous rejoint Suratthani à Songkla, 340 km plus au sud, en passant par Sichon, Nakhon Si Thammarat, Kiriwong Village, Phatthalung, Thale Noï, Songkla et enfin Koh Yoh, en longeant pour une bonne partie les rivages du Golfe du Siam et des mers intérieures Thale Luang et Thale Sap. 

1 Suratthani (chef-lieu de la Province du même nom)

Suratthani, appelée familièrement « Surat » et qui signifie littéralement la « ville des bonnes gens », est une ville industrielle et commerçante de 125.000 habitants située à environ 700 km au sud de Bangkok. La majorité des activités de Suratthani est liée au commerce du latex, de la noix de coco, du ramboutan mais aussi à l’exploitation forestière et à la pêche. Cette cité bruyante et frénétique est blottie à l’embouchure des rivières Tapee et Khlong Phum Duang. Elle ne présente pas grand intérêt ni attrait pour le voyageur mais c’était une étape incontournable et un point de départ pour rejoindre les belles îles de Koh Samui, Koh Phan Gan et Koh Tao au large. Aujourd’hui Koh Samui s’est doté d’un aéroport moderne et seuls les voyageurs qui rejoignent les îles par le ferry boat passent encore par Suratthani.

Les témoignages historiques sont très peu nombreux à Suratthani mais il serait tout de même de ne pas s’y arrêter ne fut-ce que pour visiter le très beau Wat Phutthanaram et ses peintures murales ou tout simplement pour déambuler dans son agréable marché coloré, d’observer l’activité portuaire dans l’estuaire de la rivière Tapee et apprécier les spécialités culinaires locales à base de fruits de mer dans un des nombreux restaurants.PICT0005.JPG

En octobre le Festival de Chak Phra, célèbre la fin de la saison des pluies. Les cortèges sont animés et colorés, avec l’image de Bouddha brandie pour symboliser son retour à la terre. A cette occasion, la ville de Suratthani organise également des régates de longs bateaux à rame sur le fleuve Tapee. La population participe activement à ces régates en se pressant sur les rives et en encourageant leurs favoris. Pour visiter le pittoresque arrière-pays constitué de plaines fertiles et de pitons rocheux de formation dolomite, rien de mieux que d’embarquer sur un petit bateau qui remonte la rivière Tapee jusqu’au petit village de planteurs de cocotiers de Bang Ban Mai.

2. Sichon

En quittant Suratthani vers l’est par la route 401, on emprunte la route la plus courte et la plus rapide pour rejoindre Nakhon Si Thammarat. A peu près à mi-chemin, après avoir dépassé le village de Khao Yoi, cet itinéraire propose une halte à Sichon.

Au premier abord Sichon ressemble à une petite ville bien ordinaire, située au sud de la plus en plus célèbre plage de Khanom. Juste un ensemble des maisons et des magasins qui s’égrènent le long de la Phetchkasem Road. Mais dès qu'on quitte la route principale pour atteindre le littoral du Golfe du Siam et le centre de Sichon à 3 kilomètres de là, changement total d’impression. Les deux très belles plages de Sichon Haad Kho Khao (à 2 km au sud de Sichon, aussi appelée Piti Beach) et Hua Hin Sichon, sont spacieuses, larges et pratiquement désertes, le sable et l’eau sont y très propres. Aujourd’hui, quelques hôtels ou resorts de qualité offrent des endroits tranquilles et confortables pour passer quelques jours dans la région de Sichon. Mais hélas, plusieurs projets immobiliers d’envergure tentent d’y voir le jour. Outre une très belle cascade non loin de là et un poste d’observation des dauphins, c’est surtout le port de pêche de Sichon qui est vraiment plaisant à voir. Ici, on peut croiser quelques rares touristes mais aucune chance de trouver des go-go bars ni des discothèques, pas de colporteurs ni démarcheurs sur les plages et pas de magasins-souvenirs dans les rues. La population de Sichon est constituée essentiellement de pêcheurs et de cultivateurs qui sont toujours ravis de voir qu’on s’intéresse à leur région reculée. 

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Le port et le hameau sont situés au bout d’une petite anse. Du petit promontoire aménagé à la sortie de ce bassin naturel, c’est un spectacle bien dépaysant que de regarder le va-et-vient de tous ces bateaux aux couleurs chatoyantes, leur cheminée crachant des volutes de fumée noire dans un joyeux tintamarre de moteurs diesels.

3. Nakhon Si Thammarat

Nakhon Si Thammarat, ancienne capitale locale de 122.000 habitants, est une ville historique importante du sud de la Thaïlande. Son héritage patrimonial et culturel continue a influencé d’une manière ou d’une autre toute cette région méridionale et ce, depuis des siècles. Nakhon Si Thammarat fut un centre du bouddhisme important pendant la période de Sivichaya (13ème-14ème siècle bouddhiste). Cette capitale provinciale, que les marchands européens connaissaient naguère sous le nom de Ligor, possède plusieurs fameux temples bouddhistes et brahmanes par ailleurs très intéressants à visiter.

Parmi eux, le Wat Phra Mahathat Woramahawihan est un des temples les plus vénérés en Thaïlande du sud et il abrite des reliques de Bouddha ramenées de Ceylan voici plus de 1700 années. Il surmonté d'un Chedi gris haut de 77 mètres et d'une flèche dorée. Les nombreux bâtiments qui le compose ont des origines et influences diverses (au 13ème siècle les liens entre la cité et l’Inde et Ceylan est très importants). Il vaut certainement à lui seul le détour. Un petit musée se trouve à l’intérieur du temple qui se situe au sein de l’ancienne cité relativement bien préservée, au cœur de l’actuelle ville. Il ne reste malheureusement que quelques vestiges de ce que fut le mur d’enceinte de l’ancienne cité (Ancient City Wall), construit par le Roi Thammasokarat. PICT0004.JPG

Au mois de septembre, le Festival Sat Duean Sip (festival du dixième mois lunaire) est un événement incontournable du sud de la Thaïlande. Cette fête religieuse invoque le respect aux ancêtres décédés. Nakhon Si Thammarat ne faillit pas à la tradition et organise un majestueux défilé tout au long de Ratchadamnoen Road (route principale qui traverse la ville) le 14ème jour de la cérémonie.

4. Ban Khiriwong et écotourisme

Le village de Ban Khiriwong se situe à quelques kilomètres à l’ouest de Nakhon Si Thammarat, non loin de Lan Saka, et est facilement joignable pour les bus locaux. Les propositions de séjours en écotourisme et agrotourisme fleurissent actuellement un peu partout en Thaïlande. Toutefois Ban Khiriwong, vieux de plus de deux cents ans, a reçu récemment le prix de la meilleure destination éco-touristique de l'Office du Tourisme de Thaïlande. Le club d'écotourisme du village de Lan Saka organise des visites guidées dans les vergers d’arbres fruitiers (ramboutans, jacquiers, durians, mangoustans, etc.) sur les pentes de la montagne Khao Luang. Suite à une terrible inondation en 1988, le village fut entièrement dévasté. Les survivants exploitèrent de nouvelles techniques pour rétablir leurs cultures au plus vite. Ces techniques innovatrices utilisées par les agriculteurs de Ban Khiriwong sont remarquables en matière d’écologisme et de respect de l’environnement. Des études scientifiques ont démontrés que d’un point de vue ornithologique par exemple, la juxtaposition des vergers et des forêts primaires offraient aux oiseaux frugivores et insectivores un refuge idéal. Ces constatations ouvrent de nouveaux horizons pour les communautés locales dans le cadre du contrôle d’exploitation des ressources naturelles dans des zones protégées. Dans le village d’autres produits artisanaux sont proposés par les paysans locaux aux visiteurs, principalement à base de coton. Thailande 10-2007 (213).JPG

Ban Khiriwong, blotti au pied de la montagne, est aussi le point de départ idéal pour organiser des randonnées dans les forêts encore sauvages du très beau Parc National Khao Luang créé en 1977. Ce parc abrite de nombreuses espèces végétales et animales, des cascades de toute beauté et de sublimes points de vue. Les sentiers sont relativement bien balisés, mais rien de mieux que de demander à un habitant local de vous servir de guide. Ban Khiriwong c’est une excellente occasion de goûter à l’écotourisme dans les meilleures conditions qui soient.

5. Phatthalung

Phatthalung est une grosse bourgade provinciale de 44.000 habitants qui s’étire tout au long de son artère principale. Cette cité antique, largement ignorée du tourisme, est réputée pour son théâtre de jeu d’ombres. La plupart des historiens s’accordent à dire que cet art est né à Phatthalung, ainsi que la célèbre danse enchanteresse qui porte le nom de Manora (ou Nora). Aujourd’hui, la fabrication des marionnettes de papier assure un commerce rentable.

Phatthalung fut de tout temps étroitement lié à la province de Songkhla. Au cours de la période de Srivijaya (13ème-14ème siècle bouddhiste), la communauté de Phatthalung fut confrontée à l'influence culturelle indienne dont elle s’acquit certains rites et croyances. Phatthalung offre une image traditionnelle de la Thaïlande du sud et combine à merveille des sites naturels et culturels qui valent franchement le détour.PICT0311.JPG

Dominée par une montagne en forme promontoire de 250 mètres d’altitude (Khao Thalu) qui semble veiller sur la ville, Phatthalung coule des jours paisibles loin des turpitudes de ses grandes consœurs voisines que sont Nakhon Si Thammarat, Songkla ou Hat Yai. Comme dans toute ville thaïlandaise, plusieurs temples ouvrent leurs portes aux visiteurs. Le Wat Tham Khuha Sawan par exemple est un temple étrange enfouit dans une caverne. Mais les visiteurs seront probablement plus enclins à se rendre à Lam Pam au bord du Thale Luang (partie supérieure de la mer intérieure de Songkla) à quelques kilomètres à l’est de Phatthalung. Lam Pam est un petit village de pêcheurs au bout de l’estuaire de la rivière. On ne compte plus les petits restaurants de fruits de mer qui ont élu domicile sur les plages du Thale Luang. On peut y déguster les spécialités locales telles que le v-crabe bleu ou les crevettes géantes cuites au barbecue, installé dans de confortables chaises longues. Quel délice !! De Lam Pam, des bateaux emmènent les touristes à la grotte de Tham Malai qui se trouve entre deux falaises.

Si vous êtes attirés par les beautés naturelles, il ne faut surtout pas hésiter à faire quelques kilomètres vers le nord jusqu’au village de Sri Banphot, où se situe les headquarters du Khao Phu-Khao Ya National Park, du nom des deux montagnes qui en constitue sont principal territoire. Ce parc recèle une jungle dense. La flore est principalement constituée d’arbre à bois dur tel le teck et la faune d’animaux tels le rhinocéros, le tapir, les gibbons et bon nombre d’oiseaux. Dans le parc, au fond d’une caverne tapissée de stalactites stagne un étang de 400 m² peuplé de poissons.

6. Thale Noi

La réserve ornithologique du Thale Noi se situe à une trentaine de kilomètres au nord de Phatthalung dans le district de Khuan Khanom. Il s’agit de la plus grande réserve d’oiseaux aquatiques de Thaïlande. La partie aquatique de la réserve couvre environ 28 km², pour une longueur de 6 km et une largeur de 5 km. Les eaux saumâtres sont peu profondes, avec une moyenne de 1,2 m. 

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Dans cette partie la plus septentrionale du Thale Luang on estime pouvoir y observer bon an mal an plus de deux cent espèces d’oiseaux parmi lesquelles on retrouve le grand héron, la cigogne, la cigogne rouge, toute une variété de canards tels que le canard siffleur, la sarcelle d'été, la grèbe, la grue, les poules d’eau, le foulque, le grand et le petit cormoran, le vanneau, la sterne, le martin-pêcheur et l’hirondelle. Sans oublier les rapaces tels que l’aigle-pêcheur et le milan. 

La meilleure saison est sans nul doute de décembre à avril, moment où la plupart des oiseaux migrateurs font une halte sur le site. Mais quelque soit la saison, pour profiter au maximum du spectacle, mieux vaut partir tôt dans la matinée avant les fortes chaleurs.

Pour visiter le Thale Noi, rien de plus simple : après avoir acquitté un droit d’entrée, de nombreux bateaux long-trails attendent les visiteurs près de l’entrée et pour un montant somme toute modique, vous emmènent au travers de la réserve pendant deux bonnes heures. Surtout ne pas oublier les jumelles et un chapeau !! Ces longues barques se frayent un chemin parmi la flore aquatique de la réserve. L’eau est en effet couverte de nénuphars, lotus, joncs, roseaux et jacinthes d’eau. A certains endroits, ce sont de réels tapis de fleurs roses, jaunes et blanches au travers desquelles les barques laissent un long sillon. 

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Au terme de la promenade, il est loisible de contempler et d’acheter dans le petit village les produits d’artisanat locaux faits en joncs et en paille de riz tressés.

7. Songkhla

Depuis des dizaines d’années, Songkhla (autrefois connue sous le nom de Singhala – le lion) accueille une population internationale travaillant sur les plates-formes off-shore d’extraction de pétrole. Pour cette raison, on y retrouve bon nombre de petit restaurants et snacks aux parfums occidentaux. Le port très dynamique a encore aujourd’hui une activité intense et de premier plan. Mais cette ville de 88.000 habitants ne se limite absolument pas à son industrie. Sa situation privilégiée au bord du Golfe du Siam et au bord du Thal Sap Songkhla (la plus grande mer intérieure d’eau douce de Thaïlande) offre de très beaux panoramas.

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Mais l’attraction principale de Songkhla est sans nul doute sa très belle et très longue plage de sable fin, Hat Simila. La plage est bordée de pins casuarinas et invite les touristes et les locaux à manger dans un des très nombreux et succulents restaurants de plage. C’est un endroit très apprécié de la Thaïe et inutile de dire que les fruits de mer sont de première fraîcheur. Au bout de la plage, une petite sirène dorée, inspirée de la sirène de Copenhague trône sur un amas rocheux. C’est un endroit très photogénique, avec une belle vue sur les petites îles au large : l’île du Chat et l’île du Rat. 

Non loin de là, une agréable petite excursion est de grimper en de la colline Tang Khuan. On peut accéder au sommet soit par un interminable escalier, soit par un funiculaire au pied duquel des dizaines de macaques. En haut de la colline, on peut y admirer un pavillon de briques rouges construit sous les ordres du roi Chulalonkorn en honneur à son père Rama IV qui avait ordonné la restauration du temple et du Chedi. Mais le plus spectaculaire est très certainement la vue magnifique qu’offre ce promontoire : le Cap Simila, le port et la ville de Songkhla. Une vue impressionnante à 360°. Le meilleur moment pour y grimper est en fin d’après-midi lorsque la chaleur diminue et que les rayons du soleil embrasent le paysage. 

PICT0189.JPGSongkhla possède encore d’autres lieux à visiter : Musée National de Songkhla situé sur la route de Wichianchom et logé dans un ancien bâtiment, les temples Wat Matchimawat, Wat Klang et Wat Chai Mongkhl, etc. Et si vous avez de la chance, vous pourrez peut-être assister à un concours de chants de tourterelles, sport très prisé dans toutes les provinces de l’extrême sud de la Thaïlande.

Enfin, pourquoi ne pas terminer la visite de Songkhla par un petit détour par Kao Seng, un petit village de pêcheurs musulmans à peine à 3 kilomètres de sud de plage de Samila. Le spectacle de tous ces bateaux aux couleurs chatoyantes, serrés les uns contre les autres est vraiment beau à voir.

8. L'île de Koh Yor

Koh Yor est une petite île de 15 km² coincée entre les deux tenailles du continent mais qui occupe un espace de pêche privilégié dans ce bras de mer où les eaux du Golfe du Siam et celles du Thale Sap se mélangent.

Depuis 1984 la petite île de Koh Yor est reliée au continent via deux ponts géants : le pont de Saphan Tinasulanon sur la route 408 reliant Songkhla à Koh Yor, qui soit dit en passant est le plus long pont de Thaïlande (2.600 mètres) et toujours la route 408 qui relie Koh Yo à Ban Khai Daeng par un autre pont de 940 mètres de long. DSCF2677.JPG

Une route fait le tour de l’île et permet d’observer les petits villages disséminés tout au long de la côte nord et entièrement dédiés à l’aquaculture, aux éleveurs de crevettes et aux pêcheurs traditionnels. La mer est hérissée de centaines de cahutes construites sur pilotis et reliées entre-elles par des passerelles de bois brinquebalantes. 

Un véritable paradis pour les amateurs de photos. On peut facilement s’arrêter dans un restaurant de fruits de mer et y déguster la spécialité de Koh Yor : le white snapper, délicieux poisson à chair ferme généralement cuit au barbecue. En arrivant à Koh Yor, en venant de Songkhla, on aperçoit en premier lieu un énorme Bouddha doré couché, le long de la route, dans l’enceint de temple Wat Phanom Laem Pho. Il est entouré d’une dizaine de petites pagodes colorées.